Marc-Yvan Teyssier, « La polémique est au débat ce que le maquillage est au corps »

À lapproche des élections présidentielles, nos hommes politiques doivent séduire bon nombre des électeurs. Entre Facebook, Instagram, Twitter ou même Snapchat, le choix est large pour les hommes d’État. Si Twitter reste loutil le plus prisé en cette période électorale, sa gestion est à prendre avec des pincettes, tant les réseaux sociaux peuvent rapidement devenir le pire ennemi des « tweetos ».

Le point avec Marc-Yvan Teyssier, ex-responsable du Parti Chrétien Démocrate de la délégation du Rhône, et ancien élu de la ville de Vourles (69).

Que pensez-vous des réseaux sociaux dans leur ensemble ?
« Ils se sont imposés sans aucune difficulté. Maintenant, on peut se poser la question du pourquoi ils se sont imposés ? À un moment ou un autre, il y a une réelle volonté de chacun dentre nous d’être un peu plus acteur, que spectateur, de la vie qui passe sous nos yeux. Être acteur, c’est interférer sur lactualité, laspect des événements, les grands sujets, qui plus est politiques, et les sujets sociétaux. On a envie de donner son avis, mais aussi [quil soit] suivi, écouté, diffusé. On a envie de rompre un certain isolement que lon a quand on est dans la « vraie vie », quand on est en discussion avec les uns et les autres, que ce soit dans notre vie professionnelle, étudiante ou familiale. Il y a une espèce de loi « non dite » qui veut que les sujets cruciaux, dactualités politiques ou sociétaux ne soient pas abordés parce qu’ils risquent dentraîner des discussions ou une polémique. Et les gens nont plus envie, ni le goût. Les réseaux sociaux sont extrêmement intéressants. Ils permettent de donner son avis et de le donner en profondeur, cest-à-dire briser une espèce domerta qui permet daller plus loin. Cest ce qui explique leur succès. Cest un moyen extrêmement simple, très démocratique, aisé daccès, qui prend de lampleur et a du succès. »

Pensez-vous quils sont nécessaires dans la vie quotidienne des politiques ?
« Je nirai pas jusque-là parce que jai une vision [politique] de conviction, de véracité et de loyauté. Lhomme politique dans lidéal est quelquun qui est au-dessus de la mêlée. Cest quelquun qui va être dans une situation où il va, sur sa tête, revitaliser les envies dun groupe, dune nation, ou dune région. Aujourdhui, pour un homme politique, tant que lon na pas atteint un certain niveau, ça peut être une arme extrêmement intéressante qui permet de faire passer ses idéaux. Mais lorsque lon est effectivement élu, je pense quil vaut mieux abandonner purement et simplement ce mode là. »

En tant quhomme politique, gérez-vous vous-même vos réseaux sociaux ?
« Aujourdhui, je suis dégagé de toute espèce de responsabilité politique. Je gère mes réseaux sociaux directement. »

« Je n’ai pas de regrets. Il faut savoir assumer son langage et son message. »

Justement, vu que vous êtes dégagé de toute responsabilité politique, avez-vous un compte personnel et professionnel ? Ou alliez-vous les deux ?
« Je nen ai quun et je considère que cest bien. Jai eu à gérer un compte Twitter qui concernait une liste municipale que javais monté sur mon village de Vourles. Il y avait bien le distinguo entre la liste municipale, lengagement municipal et moi-même. Mais cest une responsabilité que jai abandonnée. Et ça me convient. Il y a une question de cohérence et ça nous oblige à prendre nos responsabilités. On nest pas dans le régime deux faces… Dun côté, je peux dire des choses sur mon compte personnel, et de lautre, je dis les choses de façon complètement différente. Aujourdhui la politique demande de la cohérence, de lunité et je ne trouve pas quavoir deux comptes, donc un double langage [soit une bonne méthode]. Cela ne me correspond pas. Après, stratégiquement on peut lexpliquer. »

Puisque lon aborde ce sujet, êtes-vous plutôt de ceux qui mesurent leurs propos avant de les partager, ou alors ceux qui préfèrent sexprimer sans filtres ?
« Malheureusement, je mexprime sans filtres (rires) et volontairement sans exceptions. Je suis un intuitif. On est dans une capacité réactive quil faut suivre. Il ne faut pas le faire que pendant quil est « chaud ». Si jai un message à faire passer, je ne le ferais peut-être pas comme ça, car ce serait très partiel. »

Avez-vous déjà eu des regrets quant à ce que vous avez écrit ?
« (silence) Je n’ai pas de regrets. Il faut savoir assumer son langage et son message. Je nai effacé aucun de mes tweets. Sauf ceux pour lesquels jai été condamné* Je nefface pas et je laisse les choses en l’état mais si jai des regrets, si à un moment ou à un autre jestime quil faut aller en arrière, jefface. Je ne le fais quasiment jamais. »

Certains de vos tweets sont jugés inappropriés, les considérez-vous comme tels ?
« (hésitation) Non. Jai défendu devant le tribunal correctionnel certains de mes tweets. Il faut les laisser dans la cour, pour quils puissent faire objet d’une réflexion, de remarques ou de critiques. Je suis loin davoir la science infuse et la vérité, mais jestime [que mes tweets] doivent faire lobjet d’un débat au même titre que dautres tweets qui sont très polémiques. »

* Marc-Yvan Teyssier a fait l’objet d’une condamnation à 3 000 euros d’amende dont la moitié avec sursis, pour des publications datant de 2014 et 2015. Ses propos avaient été jugés homophobes. Il était coupable du délit de provocation à la haine et à la violence à l’égard d’un groupe de personnes à raison de leur orientation sexuelle. 

Quelle importance pour Twitter en politique ?

Céline Latchimy

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